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Des frontières irascibles

Sortant ma gueule aux portes de Paris, je vois la hiérarchie sommaire qui nous a fait patron d'un monde où nous jouissons de n'avoir plus de place pour ceux qui, sans papier, errent sous de vagues tentes. Mais las, plutôt que de songer à loger leur exil, on baise sans soucis en riant aux alcools qui nous ferons légers. Qu'un narvalo de Zemmour et tous ses volontaires s’enkystent dans la brume des cerveaux fatigués de quelques abrutis et la misère du monde s’achèvera à nos portes pour que l'on pisse plus blanc de nos chopes enquillées.

Dans ce confort moderne où l'on boit l'eau d'évier, on voudrait voir la mer ne pas bouffer des vies aux marges de nos côtes, mais tout est un chez-soi jusqu'à nos plages blondes.

On pourrait croire qu'ici, dans l'antre libertin, les plaisirs seraient frais ou pour le moins heureux, pour peu que s'y ventile l'humanisme sexué, pleins d'audacieux mélanges et que les différences pourraient trouver un monde où lover leur désir. Mais des torses imberbes et des miches volages s'habillent de chemises noires, déployant leur vigueur en bien d'autres registres que l'amour de saison.

On raille et on dénonce, plus encore qu'en nos vies, de n'avoir pas sa proie. Des œillères en pagaille visent notre atmosphère qui ne saurait aimer ce qui n'est pas bien né. La couleur ou le poids, le genre ou encore l'âge vous verront sacrifiés sur l'autel des voyeurs, tandis qu'un tas de cons souillera de messages la pauvre demi-molle qui s'afficha en cam au côté d'une femme.

Que l'on n'épargne personne, le pouce pointant en bas, à celui qui n'a pas le don pornocratique de faire jouir des salopes qui ne veulent que du muscle.

Ici-bas messieurs, dames, on éructe ces frustrations tricolores sur ce qui bouge encore. On parle d'« exotisme» et de beaux « chocolats » comme au joli temps des colonies... On vise nos chattes sans voir nos têtes, racialisant jusqu'à nos poils, un vieux fantasme de planteur, la canne à sucre entre les mains.

Pense donc à ceux qui, sous nos cieux, te font du bien, me dit la douce au visage pâle. J'aimerais tant lui répondis-je, mais l'agression est un vertige qui me rend folle d'être française, quand je vois poindre au lieu d'un cœur, le filtre opaque de la rumeur.




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