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  • RowenaM

Une quinzaine affinée

Un au revoir comme un adieu, une voix blanche qui me lessive. De son visage qui se retourne je garde sa bouche et son rictus, comme un regret marqué aux lèvres. Quinze jours c'est peu pour s’émouvoir d'un départ.

Pourtant, de ces vacances au teint grisâtre, dans une Bretagne fortifiée, je garde en moi ce lot de grâce au matin blême d'un lundi. Une terrasse de café où personne d'autre ne s’arrêtait, a vu ma face se rosir quand un client persévérant me demanda trois fois mon nom. Mais trop plongée dans une rêverie je n'entendais que mon cerveau et il fallut bien du talent à ce garçon de vingt-cinq ans pour déboucher mes écoutilles.

Un regard bleu sur un nez d'aigle formait le plus de son charme, quant à son rire bien trop large il avalait son beau visage. Des épaules fortes sur un corps long le faisaient fier même courbé, ses mains immenses pendantes si bas qu'elles étaient faites pour enlacer.

Sa voix trop basse et susurrante me demanda de l'attention, il s'invita jusqu'à s'asseoir pour regarder le paysage et tous les deux comme des phares nous parcourûmes le grand large. Quelques minutes silencieuses qui nous scindèrent plus qu'un discours.

Puis, sans trop de mots il devisa sur l'état de l'été qui se gardait d'ensoleiller toutes ces plages parsemées et me soufflant comme une flamme à qui l'on prête quelques larmes, il dit de moi tant de belles choses que je pris fait pour ce gaillard

De la marmaille passant par là, criant leur joie d'avoir cinq ans, nous réveilla des heures passées à se connaître vaguement, midi sonnait et je rentrais.

Les jours suivants, tôt le matin ou bien la nuit, nous échangions et puis baisions, parfois usés de nos paroles comme des bestioles qui se glissent dans un lit pour copuler presque assoupies. Il me pinait comme on s'enlise , au plus profond que peut le con, de cette lenteur qui vous rend pleine quand est atteint mon utérus. Il enveloppait de tout son corps cette chrysalide qu'était le mien et se soulevait pour mieux se dire qu'un papillon pourrait surgir dans un orgasme finissant. On jouissait bien, on jouissait dur ou bien charmant, à l'heure du thé, pour grignoter.

Il n'y avait rien de bon à nous amouracher, alors par omission, pour que l'instant soit frais, nous forniquions sans mot puis parlions du présent. Nous voulions juste nous perdre et si je devais pleurer je saurais bien pourquoi, parce que je pleure souvent, par tristesse ou pour rien. Je prenais donc mes mains, les frottais au visage pour effacer le temps qui me fait la misère à me projeter vainement quand il me faut dormir. Une libertine qui s’éprend c'est pas bien raisonnable, qui plus est en vacances, comme une ado transie que la mer éblouit

Qui me connaît trop peu croit que je suis une guêpe, un truc qui tourne autour, qui vous bouffe les restes en riant des convives, attablés comme des cons pendant que je virevolte. Mais j'ai tout de fragile pour préférer m'enfuir à chaque vibration, adoptant les orgies plus qu'un beau sentiment, par peur de me ruiner au nez d'un narcissique qui me ferait plier.

Alors je lui ai dit « au revoir » retour au grand Paris. Adieu grande tige qui m'a fait oublier que le temps s'écoulait en pensant à demain. Qu'un vertige parfois nous sauvait du marcheur qui s'épuise à vouloir des lieux de perdition pour tringler sans soucis.

Je retourne à mes barres dans ma banlieue-dortoir, à jouer les nymphomanes en mimant la culbute sur des webcams offertes. Un jour je serai vieille de tous mes souvenirs et j'irai au mois d'août me souvenir de lui sur la côte atlantique, ou bien j'aimerai encore, même rien qu'un soir. Tant et tant qu'au cimetière des fleurs par centaines des êtres trop aimés orneront mon tombeau et même les pigeons y trouveront refuge pour chier sur ma demeure en roucoulant des heures.



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